En effet, l'ordre d'exécution immédiate, donné par Dupont, ne concernait que l'auteur du guet-apens dans lequel avaient péri les officiers et les marins des chaloupes fédérales. Quant à l'auteur du pillage de Camdless-Bay et du rapt, celui-là devrait être ramené à Saint-Augustine, où il serait jugé à nouveau et condamné sans nul doute. Et pourtant, ne pouvait-on considérer les deux frères comme également responsables de cette longue série de crimes qu'ils avaient pu impunément commettre?
Oui, certes! Cependant, par respect de la légalité, le capitaine
Howick crut devoir leur poser la question suivante:
«Lequel de vous deux, demanda-t-il, se reconnaît coupable du massacre de Kissimmee?»
Il n'obtint aucune réponse.
Évidemment, les Texar étaient résolus à garder le silence à toutes les demandes qui leur seraient faites.
Seule, Zermah aurait pu indiquer la part qui revenait à chacun dans ces crimes. En effet, celui des deux frères, qui se trouvait avec elle à la Crique-Noire le 22 mars, ne pouvait être l'auteur du massacre, commis, ce jour-là, à cent milles, dans le Sud de la Floride. Or, celui-là, le véritable auteur du rapt, Zermah aurait eu un moyen de le reconnaître. Mais n'était-elle pas morte à présent?…
Non, et soutenue par son mari, on la vit apparaître. Puis, d'une voix qu'on entendait à peine:
«Celui qui est coupable de l'enlèvement, dit-elle, a le bras gauche tatoué…»
À ces paroles, on put voir le même sourire de dédain se dessiner sur les lèvres des deux frères, et, relevant leur manche, ils montrèrent sur leur bras gauche un tatouage identique.
Devant cette nouvelle impossibilité de les distinguer l'un de l'autre, le capitaine Howick se borna à dire: