«Après? dit James Burbank.
— Après?… répondit l'Espagnol. Au moment où le pays va se soulever pour le maintien de l'esclavage, prêt à verser son sang pour repousser les troupes fédérales, j'accuse James Burbank d'être anti-esclavagiste et de faire de la propagande anti- esclavagiste!
— James Burbank, dit le magistrat, dans les circonstances où nous sommes, vous comprendrez que cette accusation est d'une gravité exceptionnelle. Je vous prierai donc d'y répondre.
— Monsieur, répondit James Burbank, ma réponse sera très simple. Je n'ai jamais fait aucune propagande ni n'en veux faire. Cette accusation porte à faux. Quant à mes opinions sur l'esclavage, qu'il me soit permis de les rappeler ici. Oui! Je suis abolitionniste! Oui! Je déplore la lutte que le Sud soutient contre le Nord! Oui! Je crains que le Sud ne marche à des désastres qu'il aurait pu éviter, et c'est dans son intérêt même que j'aurais voulu le voir suivre une autre voie, au lieu de s'engager dans une guerre contre la raison, contre la conscience universelle. Vous reconnaîtrez un jour que ceux qui vous parlent, comme je le fais aujourd'hui, n'avaient pas tort. Quand l'heure d'une transformation, d'un progrès moral a sonné, c'est folie de s'y opposer.
«En outre, la séparation du Nord et du Sud serait un crime contre la patrie américaine. Ni la raison, ni la justice, ni la force, ne sont de votre côté, et ce crime ne s'accomplira pas.»
Ces paroles furent d'abord accueillies par quelques approbations que de plus violentes clameurs couvrirent aussitôt. La majorité de ce public de gens sans foi ni loi ne pouvait les accepter.
Lorsque le magistrat fut parvenu à rétablir le silence dans le prétoire, James Burbank reprit la parole.
«Et maintenant, dit-il, j'attends qu'il se produise des accusations plus précises sur des faits, non sur des idées, et j'y répondrai, quand on me les aura fait connaître.»
Devant cette attitude si digne, les magistrats ne pouvaient être que très embarrassés. Ils ne connaissaient aucun fait qui pût être reproché à M. Burbank. Leur rôle devait se borner à laisser les accusations se produire, avec preuves à l'appui, s'il en existait toutefois.
Texar sentit qu'il était mis en demeure de s'expliquer plus catégoriquement, ou bien il n'atteindrait pas son but.