James Burbank, reprenant son sang-froid, s'occupa de donner des ordres pour la défense de Castle-House.

«Les Noirs sont avertis? demanda Edward Carrol.

— Ils vont l'être, répondit James Burbank. Mon avis est qu'il faut nous borner à défendre l'enceinte qui protège le parc réservé et l'habitation. Nous ne pouvons songer à arrêter sur la frontière de Camdless-Bay toute une troupe en armes, car il est supposable que les assaillants viendront en grand nombre. Il convient donc de rappeler nos défenseurs autour des palanques. Si, par malheur, la palissade est forcée, Castle-House, qui a déjà résisté aux bandes des Séminoles, pourra peut-être tenir contre les bandits de Texar. Que ma femme, Alice et Dy, que Zermah, à laquelle je les confie toutes trois, ne quittent pas Castle-House sans mon ordre. Au cas où nous nous y sentirions trop menacés, tout est préparé pour qu'elles puissent se sauver par le tunnel qui communique avec la petite anse Marino sur le Saint-John. Là, une embarcation sera cachée dans les herbes avec deux de nos hommes, et, dans ce cas, Zermah, tu remonterais le fleuve pour chercher un abri au pavillon du Roc-des-Cèdres.

— Mais, toi, James?…

— Et vous, mon père?»

Mme Burbank et Miss Alice avaient saisi par le bras, l'une, James Burbank, l'autre, M. Stannard, comme si le moment fût venu de s'enfuir hors de Castle-House.

«Nous ferons tout au monde pour vous rejoindre quand la position ne sera plus tenable, répondit James Burbank. Mais il me faut cette promesse que, si le danger devient trop grand, vous irez vous mettre en sûreté dans cette retraite du Roc-des-Cèdres. Nous n'en aurons que plus de courage, plus d'audace aussi, pour repousser ces malfaiteurs et résister jusqu'à notre dernier coup de feu.»

C'est évidemment ce qu'il conviendrait de faire, si les assaillants trop nombreux, parvenus à forcer l'enceinte, envahissaient le parc, afin d'attaquer directement Castle-House.

James Burbank s'occupa aussitôt de concentrer son personnel. Perry et les sous-régisseurs coururent dans les divers baraccons, afin de rallier leurs gens. Moins d'une heure après, les Noirs en état de se battre étaient rangés aux abords de la poterne devant les palanques. Leurs femmes et leurs enfants avaient dû préalablement chercher un refuge dans les bois qui environnent Camdless-Bay.

Malheureusement, les moyens d'organiser une défensive sérieuse étaient assez restreints à Castle-House. Dans les circonstances actuelles, c'est-à-dire, depuis le début de la guerre, il avait été presque impossible de se procurer des armes et des munitions en quantité suffisante pour la défense de la plantation. On eût vainement voulu en acheter à Jacksonville. Il fallait se contenter de ce qui était resté dans l'habitation, à la suite des dernières luttes soutenues contre les Séminoles.