Or, c'est là une de ces vérités que Paddy admet sans conteste, et il fut constant que Thornpipe ne pouvait être le diable, puisqu'il s'exprimait en pure langue du pays.
Décidément, si le sortilège n'entrait pour rien en cette affaire, il fallait admettre qu'un mécanisme interne donnait le mouvement à ce petit monde de cabotins. Cependant personne n'avait vu Thornpipe remonter le ressort. Et même—particularité qui n'avait point échappé au curé—dès que la circulation des personnages commençait à se ralentir, un coup de fouet envoyé sous la caisse que cachait le tapis, suffisait à ranimer leur jeu. A qui s'adressait ce coup de fouet, toujours suivi d'un gémissement?»
Le curé voulut savoir, et il dit à Thornpipe:
«Vous avez donc un chien au fond de cette boîte?
L'homme le regarda en fronçant le sourcil et parut trouver la question indiscrète.
«Il y a ce qu'il y a! répondit-il. C'est mon secret... Je ne suis pas obligé de le faire connaître...
—Vous n'y êtes point obligé, répondit le curé, mais nous avons bien le droit de supposer que c'est un chien qui fait marcher votre mécanique...
—Eh oui!... un chien, répliqua Thornpipe de mauvaise humeur, un chien dans une cage tournante... Ce qu'il m'a fallu de temps et de patience pour le dresser!... Et qu'ai-je reçu en payement de ma peine?... Pas même la moitié de ce qu'on donne pour dire une messe au curé de la paroisse!»
A l'instant où Thornpipe achevait cette phrase, le mécanisme s'arrêta, au vif déplaisir des spectateurs, dont la curiosité était loin d'être satisfaite. Et, comme le montreur de marionnettes se disposait à rabattre le couvercle de la caisse, en disant que la représentation était terminée:
«Est-ce que vous consentiriez à en donner une seconde? lui demanda le pharmacien.