La voix de Pat sonnait comme un clairon en jetant ce dernier vers de la triste complainte. Et l'impression fut telle parmi les convives, qu'ils se contentèrent de boire un seul coup à la santé de chacun de leurs hôtes,—ce qui fit un supplément de dix bonnes rasades... Et l'on se sépara avec promesse de ne jamais imiter John Playne—pas même à terre.
XIV
ET IL N'AVAIT PAS ENCORE NEUF ANS.
Ce grand jour écoulé, la ferme se remit aux travaux des champs. On en abattit, de la besogne. A coup sûr, Pat ne s'aperçut guère qu'il était venu en congé de repos. De quelle ardeur il aidait son père et ses frères. Ces marins sont véritablement de rudes travailleurs, même en dehors de la marine. Pat était arrivé au plus fort de la moisson qui fut suivie de la récolte des légumes. Il est permis de dire s'il se «pomoya» comme un gabier de misaine—expression dont il se servit, et qu'il fallut expliquer à P'tit-Bonhomme. On n'était jamais quitte avec lui tant qu'on ne lui avait pas donné le pourquoi des choses. Il ne s'éloignait guère de Pat, qui l'avait pris en amitié,—une amitié de matelot pour son mousse. Dès que la journée était finie, lorsque tout le monde était rassemblé à la table du souper, quelle joie P'tit-Bonhomme éprouvait à entendre le jeune marin raconter ses voyages, les incidents auxquels il avait pris part, les tempêtes qu'avait essuyées le Guardian, les belles et rapides traversées des navires! Ce qui l'intéressait surtout, c'étaient les riches cargaisons rapportées pour le compte de la maison Marcuard, l'embarquement des marchandises dont le trois-mâts était chargé à destination de l'Europe. Sans aucun doute, ces choses du négoce frappaient d'un trait plus vif son esprit pratique. A son idée, l'armateur passait avant le capitaine.
«Alors, demandait-il à Pat, c'est bien cela qu'on appelle le commerce?...
—Oui, on embarque les produits qui se fabriquent dans un pays, et on va les vendre dans un pays où on ne les fabrique pas...
—Plus cher qu'on ne les a achetés?...
—Bien entendu... pour gagner dessus. Puis, on importe les produits des autres contrées pour les revendre...
—Toujours plus cher, Pat?
—Toujours plus cher... quand on le peut!»