Tout d'abord, dès qu'il eut ses idées très nettes, il jugea qu'il n'y avait pas lieu de revenir sur sa décision. Il partirait le jour même, en donnant pour raison qu'il se sentait impropre au service de groom. On n'avait aucun droit de le retenir, et, si sa demande lui valait quelque insulte, il y était résigné d'avance. Donc, en prévision d'une expulsion brutale et immédiate, il eut soin de revêtir ses habits de la ferme, usés mais propres, car il les avait conservés avec soin, puis la bourse qui contenait ses gages accumulés depuis trois mois. D'ailleurs, après avoir poliment exposé à lord Piborne sa résolution de quitter le château, son intention était de lui réclamer la quinzaine à laquelle il avait droit jusqu'au 15 septembre. Il tâcherait de faire ses adieux à la bonne Kat, sans la compromettre. Puis, dès qu'il aurait retrouvé Birk aux alentours, tous deux s'en iraient, aussi satisfaits l'un que l'autre de tourner le dos à Trelingar-castle.

Il était environ neuf heures, lorsque P'tit-Bonhomme descendit dans la cour. Son étonnement fut grand d'apprendre que le comte Ashton était sorti au lever du soleil. D'habitude, celui-ci avait recours à son groom pour s'habiller,—ce qui n'allait point sans force gourmades et mauvais compliments.

Mais, à sa surprise se joignit bientôt une appréhension très justifiée, quand il s'aperçut que ni Bill, le piqueur, ni les pointers n'étaient au chenil.

En ce moment, Kat, qui se tenait sur la porte de la buanderie, lui fit signe d'approcher et dit à voix basse:

«Le comte est parti avec Bill et les deux chiens... Ils vont donner la chasse à Birk!»

P'tit-Bonhomme ne put d'abord répondre, étranglé par l'émotion et aussi par la colère.

«Prends garde, mon boy! ajouta la lessiveuse. L'intendant nous observe, et il ne faut pas...

—Il ne faut pas que l'on tue Birk, s'écria-t-il enfin, et je saurai bien...»

M. Scarlett, qui avait surpris ce colloque, vint interpeller P'tit-Bonhomme d'une voix brusque.

«Qu'est-ce que tu dis, groom, demanda-t-il, et qu'est-ce que tu fais là?...»