P'tit-Bonhomme n'eut plus qu'à se baisser. ([Page 304.])
Quel fut l'étonnement de P'tit-Bonhomme, lorsqu'il eut écarté de sa figure sa chevelure toute mouillée?...
C'était le gamin que le comte Ashton, deux semaines avant, n'avait pas craint de frapper d'un coup de fouet sur la route de Trelingar-castle,—ce qui avait attiré au jeune groom de mauvais compliments pour son intervention charitable.
Depuis quinze jours, ce pauvre petit, continuant d'aller devant lui, vaguait sur les routes... Dans l'après-midi, il était arrivé en cet endroit, au bord de la Dripsey... il avait voulu se désaltérer... sans doute... le pied lui avait glissé... il était tombé dans le courant... et, faute de Birk entraîné par son instinct de sauveteur, il n'aurait pas tardé à disparaître au milieu des remous...
Il s'agissait de le rappeler à la vie, et c'est à cela que P'tit-Bonhomme employa tous ses soins.
Malheureuse et pitoyable créature! Sa figure allongée, son corps maigre et décharné, disaient tout ce qu'il avait souffert,—la fatigue, le froid, la faim. En le tâtant de la main, on sentait que son ventre était flasque comme un sac vidé. Par quel moyen lui faire reprendre connaissance? Ah! en le débarrassant de l'eau qu'il avait avalée, en opérant des pressions sur son estomac, en lui insufflant de l'air par la bouche... Oui... cela vint à l'idée de P'tit-Bonhomme... Quelques instants après, l'enfant respirait, il ouvrait les yeux, et ses lèvres laissaient échapper ces mots:
«J'ai faim... j'ai faim!»
I am hungry! c'est le cri de l'Irlandais, le cri de toute son existence, le dernier qu'il jette au moment de mourir!