—Il faudra donc que j' sois bien changé...

—Eh! tu changeras, Grip!... Tout le monde change... et il est sage de changer... quand c'est pour être mieux...»

Toutefois, en dépit des instances, Grip ne se rendit pas. La vérité est qu'il aimait son métier, que les armateurs du Vulcan lui témoignaient de la sympathie, qu'il était apprécié de son capitaine, aimé de ses camarades. Aussi, désireux de ne pas trop chagriner P'tit-Bonhomme, il lui dit:

«Au retour... au retour... nous verrons!...»

Puis, lorsqu'il revenait, il ne disait rien que ce qu'il avait dit au départ:

«Nous verrons... nous verrons!...»

Il suit de là qu'au Little Boy and Co, on fut obligé de prendre un commis pour tenir les écritures. M. O'Brien procura un ancien comptable, M. Balfour, dont il répondait, et qui connaissait la partie à fond. Mais enfin ce n'était pas Grip!...

L'année se termina dans d'excellentes conditions, et l'inventaire, établi par le susdit Balfour, donna, tant en marchandises qu'en argent placé à la Banque d'Irlande, ce superbe total d'un millier de livres.

A cette époque—janvier 1885—P'tit-Bonhomme venait d'entrer dans sa quatorzième année, et Bob avait neuf ans et demi. Bien portants, vigoureux pour leur âge, ils ne se ressentaient aucunement des misères d'autrefois. C'était un sang généreux, le sang gaélique, qui coulait dans leurs veines, comme le Shannon, la Lee ou la Liffey coulent à travers l'Irlande—pour la vivifier.

Le bazar était en pleine prospérité. Manifestement, P'tit-Bonhomme marchait vers la fortune. Aucun doute à ce sujet, ses affaires n'étant pas de nature à le jeter dans des spéculations hasardeuses. Sa prudence naturelle l'eût retenu d'ailleurs, bien qu'il ne fût point «homme»—appliquons-lui ce mot,—à laisser échapper quelque bonne occasion, si elle se présentait.