Le train roulait alors à petite vitesse vers Artheury-jonction, en traversant le comté de Galway qu'il met en communication avec la capitale de l'Irlande. Pendant cette première partie du trajet—une douzaine de milles—P'tit-Bonhomme n'avait point repris connaissance, malgré les soins assidus et les phrases traditionnelles de la comédienne.
Miss Anna Waston s'était d'abord occupée de le déshabiller. L'ayant débarrassé de ses loques souillées de fumée, à l'exception du tricot de laine qui était en assez bon état, elle lui avait fait une chemise d'une de ses camisoles tirée du sac de voyage, une veste d'un corsage de drap, une couverture de son châle. Mais l'enfant ne semblait pas s'apercevoir qu'il fût enveloppé de vêtements bien chauds, et pressé sur un cœur encore plus chaud que n'étaient les vêtements.
Enfin, à la jonction, une partie du train fut détachée, et dirigée sur Kilkree qui est à la limite du comté de Galway, où il y eut une halte d'une demi-heure. Pendant ce temps-là P'tit-Bonhomme n'avait pas encore repris ses sens.
«Élisa... Élisa... s'écria miss Anna Waston, il faut voir s'il n'y a pas un médecin dans le train!»
Élisa s'informa, bien qu'elle assurât sa maîtresse que ça n'en valait pas la peine.
Il n'y avait pas de médecin.
«Ah! ces monstres... répondit miss Anna Waston, ils ne sont jamais où ils devraient être!
—Voyons, madame, il n'a rien, ce gamin!... Il finira par revenir à lui, si vous ne l'étouffez pas...
—Tu crois, Élisa?... Le cher bébé!... Que veux-tu?.. Je ne sais pas, moi!.. Je n'ai jamais eu d'enfant!... Ah! si j'avais pu le nourrir de mon lait!»
Cela était impossible, et d'ailleurs, P'tit-Bonhomme était d'un âge où l'on éprouve le besoin d'une alimentation plus substantielle. Miss Anna Waston en fut donc pour ses regrets d'insuffisance maternelle.