De cette hauteur — cent cinquante pieds — l’île, qui mesurait environ quinze milles de circonférence, se dessinait comme une étoile de mer à trois pointes.

A la pointe du sud-est émergeait un îlot, précédé d’un semis de roches. Sur la lisière, aucun relais de marées, ce qui tendait à confirmer l’opinion de Robur relativement à sa situation, puisque le flux et le reflux sont presque nuls dans l’océan Pacifique.

A la pointe nord-ouest se dressait une montagne conique, dont l’altitude pouvait être estimée à douze cents pieds.

On ne voyait aucun indigène, mais peut-être occupaient-ils le littoral opposé. En tout cas, s’ils avaient aperçu l’aéronef, l’épouvante les eût plutôt portés à se cacher ou à s’enfuir.

C’était par la pointe sud-est que l’Albatros avait attaqué l’île. Non loin, dans une petite anse, un rio se jetait entre les roches. Au-delà, quelques vallées sinueuses, des arbres d’essences variées, du gibier, perdrix et outardes, en grand nombre. Si l’île n’était pas habitée, du moins paraissait-elle habitable. Certes, Robur aurait pu y atterrir, et, sans doute, s’il ne l’avait pas fait, c’est que le sol, très accidenté, ne lui semblait pas offrir une place convenable pour y reposer l’aéronef.

En attendant de prendre hauteur, l’ingénieur fit commencer les réparations, qu’il comptait achever dans la journée. Les hélices suspensives, en parfait état, avaient admirablement fonctionné au milieu des violences de l’ouragan, lequel, on l’a fait observer, avait plutôt soulagé leur travail. En ce moment, la moitié du jeu était en fonction — ce qui suffisait à assurer la tension du câble fixé perpendiculairement au littoral.

Mais les deux propulseurs avaient souffert, et plus encore que ne le croyait Robur. Il fallait redresser leurs branches et retoucher l’engrenage qui leur transmettait le mouvement de rotation.

Ce fut l’hélice antérieure, dont le personnel s’occupa d’abord sous la direction de Robur et de Tom Turner. Mieux valait commencer par elle, pour le cas où un motif quelconque eût obligé l’Albatros à partir avant que le travail fût achevé. Rien qu’avec ce propulseur, on pouvait se maintenir plus aisément en bonne route.

Entre-temps, Uncle Prudent et son collègue, après s’être promenés sur la plate-forme, étaient allés s’asseoir à l’arrière.

Quant à Frycollin, il était singulièrement rassure. Quelle différence! N’être plus suspendu qu’à cent cinquante pieds du sol!