Malheureusement, Robur dut le constater, la brise soufflait avec plus de force dans cette zone inférieure, et l’aéronef s’éloignait avec une vitesse plus grande. Il risquait donc d’être entraîné fort loin dans le nord-est, — ce qui retarderait son retour à l’île Chatam.
En somme, après tentatives faites, il fut prouvé qu’il y avait avantage à se maintenir dans les hautes couches où l’atmosphère était mieux équilibrée. Aussi l’Albatros remonta-t-il à une moyenne de trois mille mètres. Là, s’il ne resta pas stationnaire, du moins sa dérive fut-elle plus lente. L’ingénieur put donc espérer qu’au lever du jour, et de cette altitude, il aurait encore en vue les parages de l’île, dont il avait d’ailleurs relevé la position avec une exactitude absolue.
Quant à la question de savoir si les fugitifs auraient reçu bon accueil des indigènes, au cas où l’île serait habitée, Robur ne s’en préoccupait même pas. Que ces indigènes leur vinssent en aide, peu lui importait. Avec les moyens offensifs dont disposait l’Albatros, ils seraient promptement épouvantés, dispersés. La capture des prisonniers ne pouvait donc faire question, et, une fois repris...
« On ne s’enfuit pas de l’île X! » dit Robur.
Vers une heure après minuit, le propulseur de l’avant était réparé. Il ne s’agissait plus que de le remettre en place, ce qui exigeait encore une heure de travail. Cela fait, l’Albatros repartirait, cap au sud-ouest, et l’on démonterait alors le propulseur de l’arrière.
Et cette mèche qui brûlait dans la cabine abandonnée! Cette mèche, dont plus d’un tiers était consumé déjà! Et cette étincelle qui s’approchait de la cartouche de dynamite!
Assurément, si les hommes de l’aéronef n’eussent pas été aussi occupés, peut-être l’un d’eux eût-il entendu le faible crépitement qui commençait à se produire dans le ronfle? Peut-être eût-il perçu une odeur de poudre brûlée? Il se fût inquiété. Il aurait prévenu l’ingénieur ou Tom Turner. On eût cherché, on eût découvert ce coffre dans lequel était déposé l’engin explosif... Il eût été temps encore de sauver ce merveilleux Albatros et tous ceux qu’il emportait avec lui!
Mais les hommes travaillaient à l’avant, c’est-à-dire à vingt mètres du roufle des fugitifs. Rien ne les appelait encore dans cette partie de la plate-forme, comme rien ne pouvait les distraire d’une besogne qui exigeait toute leur attention.
Robur, lui aussi, était là, travaillant de ses mains, en habile mécanicien qu’il était. Il pressait l’ouvrage, mais sans rien négliger pour que tout fût fait avec le plus grand soin! Ne fallait-il pas qu’il redevint absolument maître de son appareil? S’il ne parvenait pas à reprendre les fugitifs, ceux-ci finiraient par se rapatrier. On ferait des investigations. L’île X n’échapperait peut-être pas aux recherches. Et ce serait la fin de cette existence que les hommes de l’Albatros s’étaient créée, — existence surhumaine, sublime!
En ce moment; Tom Turner s’approcha de l’ingénieur. Il était une heure un quart.