A San Francisco, Uncle Prudent, son collègue et le valet Frycollin prirent le premier train du grand chemin de fer du Pacifique. Le 27, ils arrivaient à Philadelphie.

Voilà le récit compendieux de ce qui s’était passé depuis l’évasion des fugitifs et leur départ de l’île Chatam. Voilà comment, le soir même, le président et le secrétaire purent prendre place au bureau du Weldon-Institute, au milieu d’une affluence extraordinaire.

Cependant, jamais ni l’un ni l’autre n’avaient été aussi calmes. Il ne semblait pas, à les voir, que rien d’anormal fût arrivé depuis la mémorable séance du 12 juin. Trois mois et demi qui ne paraissaient pas compter dans leur existence!

Après les premières salves de hurrahs que tous deux reçurent sans que leur visage reflétât la moindre émotion, Uncle Prudent se couvrit et prit la parole. -

Honorables citoyens, dit-il, la séance est ouverte.

Applaudissements frénétiques et bien légitimes! Car, s’il n’était pas extraordinaire que cette séance fût ouverte, il l’était du moins qu’elle le fût par Uncle Prudent, assisté de Phil Evans.

Le président laissa l’enthousiasme s’épuiser en clameurs et en battements de mains. Puis il reprit :

« A notre dernière séance, messieurs, la discussion avait été fort vive (Ecoutez, écoutez) entre les partisans de l’hélice avant et de l’hélice arrière pour notre ballon Go a headl (Marques de surprise). Or, nous avons trouvé moyen de ramener l’accord entre les avantistes et les arriéristes, et ce moyen, le voici c’est de mettre deux hélices, une à chaque bout de la nacelle! » (Silence de complète stupefaction.)

Et ce fut tout.

Oui, tout! De l’enlèvement du président et du secrétaire du Weldon-Institute, pas un mot! Pas un mot de l’Albatros ni de l’ingénieur Robur! Pas un mot du voyage! Pas un mot de la façon dont les prisonniers avaient pu s’échapper! Pas un mot enfin de ce qu’était devenu l’aéronef, s’il courait encore à travers l’espace, si l’on pouvait craindre de nouvelles représailles contre les membres du club!