— A la rue!

— Qu’on le démembre!

— La loi de Lynch!

— Qu’on le torde en hélice!...

La fureur des ballonistes était arrivée à son comble. Ils venaient de se lever. Ils entouraient la tribune. Robur disparaissait au milieu d’une gerbe de bras qui s’agitaient comme au souffle de la tempête. En vain la trompe à vapeur lançait-elle des volées de fanfares sur l’assemblée! Ce soir-là, Philadelphie dut croire que le feu dévorait un de ses quartiers et que toute l’eau de la Schuylkill-river ne suffirait pas à l’éteindre.

Soudain, un mouvement de recul se produisit dans le tumulte, Robur, après avoir retiré ses mains de ses poches, les tendait vers les premiers rangs de ces acharnés.

A ces deux mains étaient passés deux de ces coups-de-poing à l’américaine, qui forment en même temps revolvers, et que la pression des doigts suffit à faire partir. — de petites mitrailleuses de poche.

Et alors, profitant non seulement du recul des assaillants, mais aussi du silence qui avait accompagné ce recul :

Décidément, dit-il, ce n’est pas Améric Vespuce qui a découvert le Nouveau Monde, c’est Sébastien Cabot! Vous n’êtes pas des Américains, citoyens ballonistes! Vous n’êtes que des cabo... »

A ce moment, quatre ou cinq coups de feu éclatèrent, tirés dans le vide. Ils ne blessèrent personne. Au milieu de la fumée, l’ingénieur disparut, et, quand elle se fut dissipée, on ne trouva plus sa trace. Robur-le-Conquérant s’était envolé, comme si quelque appareil d’aviation l’eût emporté dans les airs.