Pendant la nuit, ce ne furent plus des sifflets aigus de locomotives, ni des sifflets graves de steam-boats qui troublèrent le calme du firmament étoilé. De longs mugissements montaient parfois jusqu’à l’aéronef, alors plus rapproché du sol. C’étaient des troupeaux de bisons qui traversaient la prairie, en quête de ruisseaux et de pâturages. Et, quand ils se taisaient, le froissement des herbes, sous leurs pieds, produisait un sourd bruissement, semblable au roulement d’une inondation et très différent du frémissement continu des hélices.

Puis, de temps à autre, un hurlement de loup, de renard ou de chat Sauvage, un hurlement de coyote, ce canis latrans, dont le nom est bien justifié par ses aboiements sonores.

Et, aussi, des odeurs pénétrantes, la menthe, la sauge et l’absinthe, mêlées aux senteurs puissantes des conifères qui se propageaient à travers l’air pur de la nuit.

Enfin, pour noter tous les bruits venus du sol, un sinistre aboiement qui, cette fois, n’était pas celui des coyotes; c’était le cri du Peau-Rouge qu’un pionnier n ’eut pu confondre avec le cri des fauves.

Phil Evans quitta sa cabine. Peut-être, ce jour-là, se trouverait-il en face de l’ingénieur Robur?

En tout cas, désireux de savoir pourquoi il n’avait pas paru la veille, il s’adressa au contremaître Tom Turner.

Tom Turner, d’origine anglaise, âgé de quarante-cinq ans environ, large de buste, trapu de membres, charpenté en fer, avait une de ces têtes énormes et caractéristiques, à la Hogarth, telles que ce peintre de toutes les laideurs saxonnes en a tracé du bout de son pinceau. Si l’on veut bien examiner la planche quatre du Harlots Progress, on y trouvera la tête de Tom Turner sur les épaules du gardien de la prison, et on reconnaîtra que sa physionomie n a rien d’encourageant.

« Aujourd’hui verrons-nous l’ingénieur Robur? dit Phil Evans.

— Je ne sais, répondit Tom Turner.

— Je ne vous demande pas s’il est sorti.