En songeant à lui, ses deux collègues ne se doutaient guère que le secrétaire du Gun-Club avait dû fuir Balistic- Cottage, après s’être évadé de la prison de Baltimore, et qu’il en était réduit à se cacher pour sauvegarder sa précieuse existence. Ils ignoraient à quel degré l’opinion publique était montée contre les ingénieurs de la North Polar Practical Association. Ils ne savaient point qu’ils auraient été massacrés, écartelés, brûlés à petit feu, s’il avait été possible de se saisir de leur personne, Vraiment, à l’instant où le coup partirait, il était heureux qu’ils ne pussent être salués que par les cris d’une peuplade de l’Afrique orientale!

« Enfin! dit le capitaine Nicholl au président Barbicane, lorsque, dans la soirée du 22 septembre, tous deux se prélassaient devant leur oeuvre parachevée.

— Oui!… enfin!… Et aussi : ouf! fit Impey Barbicane en poussant un soupir de soulagement.

— Si c’était à recommencer…

— Bah!… Nous recommencerions!

— Quelle chance, dit le capitaine Nicholl, d’avoir eu à notre disposition cette adorable méli-mélonite!…

— Qui suffirait à vous illustrer, Nicholl!

— Sans doute, Barbicane, répondit modestement le capitaine Nicholl. Mais savez-vous combien il aurait fallu creuser de galeries dans les flancs du Kilimandjaro pour obtenir le même résultat, si nous n’avions eu que du fulmi- coton, pareil à celui qui a lancé notre projectile vers la Lune?

— Dites, Nicholl.

— Cent quatre-vingts galeries, Barbicane!