Et, aux États-Unis comme ailleurs, il se rencontre des gens qui, par envie ou haine, aiment à dénigrer, sans compter ceux qui contredisent pour le plaisir de contredire.

« Parfait! disaient ces opposants. Mais, pourquoi y aurait- il du charbon au Pôle nord?

— Pourquoi? répondaient les partisans du président Barbicane. Parce que, très vraisemblablement, à l’époque des formations géologiques, le volume du Soleil était tel, d’après la théorie de M. Blandet, que la différence de la température de l’Équateur et des Pôles n’était pas appréciable. Alors d’immenses forêts couvraient les régions septentrionales du globe, bien avant l’apparition de l’homme, lorsque notre planète était soumise à l’action permanente de la chaleur et de l’humidité. »

Et, c’est ce que les journaux, les revues, les magazines, à la dévotion de la Société, établissaient dans mille articles variés, tantôt sous la forme plaisante, tantôt sous la forme scientifique. Or, ces forêts, enlisées au temps des énormes convulsions qui ébranlaient le globe avant qu’il n’eût pris son assise définitive, avaient certainement dû se transformer en houillères, sous l’action du temps, des eaux et de la chaleur interne. Donc, rien de plus admissible que cette hypothèse, d’après laquelle le domaine polaire serait riche en gisements de houille, prêts à s’ouvrir sous la rivelaine du mineur.

De plus, il y avait des faits ­ des faits indéniables. Ces esprits positifs, qui ne veulent point tabler sur de simples probabilités, ne pouvaient les mettre en doute, et ils étaient de nature à autoriser la recherche des différentes variétés de charbon à la surface des régions boréales.

Et c’est là précisément ce dont le major Donellan et son secrétaire s’entretenaient ensemble, quelques jours après, dans le plus sombre recoin de la taverne des Two Friends.

« Eh! disait Dean Toodrink, est-ce que ce Barbicane ­ que Berry pende un jour ­ aurait raison?

— C’est probable, répondit le major Donellan, et j’ajouterai même que cela doit être certain.

— Mais, alors, il y aurait des fortunes à gagner en exploitant les régions polaires!

— Assurément! répondit le major. Si l’Amérique du Nord possède de vastes gisements de combustible minéral, si on en signale fréquemment de nouveaux, il n’est pas douteux qu’il en reste encore de très importants à découvrir, monsieur Toodrink. Or, les terres arctiques paraissent être une annexe de ce continent américain. Identité de formation et d’aspect. Plus particulièrement, le Groënland est un prolongement du Nouveau-Monde, et il est certain que le Groënland tient à l’Amérique…