Mrs Evangélina Scorbitt rougit délicieusement, car elle éprouvait ­ sinon pour les savants en général ­ du moins pour J.-T. Maston, une sympathie vraiment singulière. Le coeur de la femme n’est-il pas un insondable abîme?

Oeuvre immense, en vérité, à laquelle cette riche veuve américaine avait résolu de consacrer d’importants capitaux.

Voici quelle était cette oeuvre, quel était le but que ses promoteurs prétendaient atteindre.

Les terres arctiques proprement dites comprennent, d’après Maltebrun, Reclus, Saint-Martin et les plus autorisés des géographes :

1° Le Devon septentrional, c’est-à-dire les îles couvertes de glaces de la mer de Baffin et du détroit de Lancastre;

2° La Géorgie septentrionale, formée de la terre de Banks et de nombreuses îles, telles que les îles Sabine, Byam-Martin, Griffith, Cornwallis et Bathurst;

3° L’archipel de Baffin-Parry, comprenant diverses parties du continent circumpolaire, appelées Cumberland, Southampton, James-Sommerset, Boothia-Felix, Melville et autres à peu près inconnues.

En cet ensemble, périmétré par le soixante-dix-huitième parallèle, les terres s’étendent sur quatorze cent mille milles et les mers sur sept cent mille milles carrés.

Intérieurement à ce parallèle, d’intrépides découvreurs modernes sont parvenus à s’avancer jusqu’aux abords du quatre vingt-quatrième degré de latitude, relevant quelques côtes perdues derrière la haute chaîne des banquises, donnant des noms aux caps, aux promontoires, aux golfes, aux baies de ces vastes contrées, qui pourraient être appelées les Highlands arctiques. Mais, au delà de ce vingt-quatrième parallèle, c’est le mystère, c’est l’irréalisable desideratum des cartographes, et nul ne sait encore si ce sont des terres ou des mers que cache, sur un espace de six degrés, l’infranchissable amoncellement des glaces du Pôle boréal.

Or, en cette année 189–, le gouvernement de États-Unis eut l’idée fort inattendue de proposer la mise en adjudication des régions circumpolaires non encore découvertes — régions dont une société américaine, qui venait de se former en vue d’acquérir la calotte arctique, sollicitait la concession.