— Nous y serons dans trois minutes, » répondit froidement le président Barbicane.

Il reprit :

« Mais, si c’est un continent qui constitue notre nouvel immeuble, et si ce continent est surélevé, comme nous avons lieu de le croire, il n’en est pas moins obstrué par les glaces éternelles, recouvert d’ice-bergs et d’ice-fields, et dans des conditions où l’exploitation en serait difficile…

— Impossible! dit Jan Harald, qui souligna cette affirmation d’un grand geste.

— Impossible, je le veux bien, répondit Impey Barbicane. Aussi, est-ce à vaincre cette impossibilité qu’ont tendu nos efforts. Non seulement, nous n’aurons plus besoin de navires ni de traîneaux pour aller au Pôle; mais, grâce à nos procédés, la fusion des glaces, anciennes ou nouvelles, s’opérera comme par enchantement, et sans que cela nous coûte ni un dollar de notre capital, ni une minute de notre travail! »

Ici un silence absolu. On touchait au moment « chicologique », suivant l’élégante expression que murmura Dean Toodrink à l’oreille de Jacques Jansen.

« Messieurs, reprit le président du Gun-Club, Archimède ne demandait qu’un point d’appui pour soulever le monde. Eh bien! ce point d’appui, nous l’avons trouvé. Un levier devait suffire au grand géomètre de Syracuse, et ce levier nous le possédons. Nous sommes donc on mesure de déplacer le Pôle…

— Déplacer le Pôle!… s’écria Éric Baldenak.

— L’amener en Amérique!… » s’écria Jan Harald.

Sans doute, le président Barbicane ne voulait pas encore préciser, car il continua, disant :