« Non, certes, je ne le communiquerai pas!… Je l’anéantirais plutôt!… C’est mon droit de citoyen libre de la libre Amérique de ne communiquer à personne le résultat de mes travaux!

— Mais, si c’est votre droit, monsieur Maston, dit le président John H. Prestice d’une voix grave, comme s’il eût répondu au nom du monde entier, peut-être est-ce votre devoir de parler en présence de l’émotion générale, afin de mettre un terme à l’affolement des populations terrestres? »

J.-T. Maston ne croyait pas que ce fût son devoir. Il n’en avait qu’un, celui de se taire : il se tairait.

Malgré leur insistance, leurs supplications, malgré leurs menaces, les membres de la Commission d’enquête ne purent rien obtenir de l’homme au crochet de fer. Jamais, non! jamais on n’aurait pu croire qu’un entêtement aussi tenace se fût logé sous un crâne en gutta-percha!

J-T. Maston s’en alla donc comme il était venu, et, s’il fut félicité de sa vaillante attitude par Mrs Evangélina Scorbitt, il est inutile d’y insister.

Lorsque l’on connut le résultat de la comparution de J.-T. Maston devant les commissaires-enquêteurs, l’indignation publique prit des formes véritablement alarmantes pour la sécurité de cet artilleur à la retraite. La pression ne tarda pas à devenir telle sur les hauts représentants du gouvernement fédéral, si violente fut l’intervention des délégués européens et de l’opinion publique, que le ministre d’État, John S. Wright, dut demander à ses collègues l’autorisation d’agir manu militari.

Un soir, le 13 mars, J.-T. Maston était dans le cabinet de Balistic-Cottage, ­ absorbé dans ses chiffres, quand le timbre du téléphone résonna fébrilement.

« Allô!… Allô!… murmura la plaque, agitée d’un tremblotement qui dénonçait une extrême inquiétude.

— Qui me parle? demanda J.-T. Maston.

— Mistress Scorbitt.