— Merci, cher Maston!

— Quant à moi, divulguer notre oeuvre, révéler en quel point du globe va s’accomplir notre tir prodigieux, vendre pour ainsi dire ce secret que j’ai pu heureusement cacher au plus profond de moi-même, permettre à ces barbares de se lancer à la poursuite de nos amis, d’interrompre des travaux qui feront notre profit et notre gloire!… Plutôt mourir!

— Sublime Maston! » répondit Mrs Evangélina Scorbitt.

En vérité, ces deux êtres, si étroitement unis par le même enthousiasme ­ et aussi insensés l’un que l’autre, d’ailleurs ­ étaient bien faits pour se comprendre.

« Non! jamais ils ne sauront le nom du pays que mes calculs ont désigné et dont la célébrité va devenir immortelle! ajouta J.-T. Maston. Qu’ils me tuent, s’ils le veulent, mais ils ne m’arracheront pas mon secret!

— Et qu’ils me tuent avec vous! s’écria Mrs Evangélina Scorbitt. Moi aussi, je serai muette…

— Heureusement, chère Evangélina, ils ignorent que vous le possédez, ce secret!

— Croyez-vous donc, cher Maston, que je serais capable de le livrer, parce que je ne suis qu’une femme! Trahir nos collègues et vous!… Non, mon ami, non! Que ces Philistins soulèvent contre vous la population des villes et des campagnes, que le monde entier pénètre par la porte de cette cellule pour vous en arracher, eh bien! je serai là, et nous aurons au moins cette consolation de mourir ensemble… »

Et, si ce peut jamais être une consolation, J.-T. Maston pouvait-il en rêver une plus douce que de mourir dans les bras de Mrs Evangélina Scorbitt!

Ainsi finissait la conversation toutes les fois que l’excellente dame venait visiter le prisonnier.