— Voilà qui serait une injustice du sort! En tout cas, qu'il ne vienne pas au tirage!…

— Non, car on lui ferait un mauvais parti! Tel est le résumé des opinions émises sur le compte de Sandgoïst. On sait d'ailleurs que, par prudence ou pour tout autre motif, il n'avait point l'intention d'assister au tirage, puisque, la veille, il était encore dans sa maison de Drammen.

Hulda, très émue, et Joël, qui sentait le bras de sa soeur frémir au sien, passaient vite, sans chercher à en entendre davantage, comme s'ils eussent craint d'être acclamés de tous ces amis ignorés qu'ils comptaient parmi cette foule.

Quant à Sylvius Hog, peut-être avaient-ils espéré le rencontrer par la ville. Il n'en fut rien. Mais quelques mots, surpris dans les conversations, leur apprirent que le retour du professeur à Christiania était déjà connu du public. Depuis le matin, on l'avait vu marcher d'un air très affairé, en homme qui n'a point le temps de questionner ni de répondre, tantôt du côté du port, tantôt du côté des bureaux de la Marine.

Certes, Joël aurait pu demander à n'importe quel passant où demeurait le professeur Sylvius Hog. Chacun se fût empressé de lui indiquer sa maison et de l'y conduire. Il ne le fit pas par crainte d'être indiscret, et, puisque rendez-vous était donné à l'hôtel, le mieux était de s'en tenir là.

C'est ce que Hulda pria Joël de faire vers dix heures et demie. Elle se sentait très lasse, et tous ces propos, auxquels son nom était mêlé, lui faisaient mal.

Elle rentra donc à _l'Hôtel Victoria, _puis remonta dans sa chambre pour y attendre le retour de Sylvius Hog.

Quant à Joël, il était resté au rez-de-chaussée de l'hôtel, dans le salon de lecture. Là, machinalement, il occupa son temps à feuilleter les journaux de Christiania.

Tout à coup, sa figure pâlit, son regard se troubla, le journal qu'il tenait lui tomba des mains…

Dans un numéro du _Morgen-Blad, _aux nouvelles de mer, il venait de lire la dépêche suivante, datée de Terre-Neuve: