— En effet, une chance sur un million! C'est bien peu, monsieur
Benett, c'est bien peu!
— Aussi la réaction s'est-elle faite, après l'engouement des premiers jours, et, dit-on, ce Sandgoïst, qui n'avait acheté ce billet que pour spéculer dessus, n'a pu trouver de preneur!
— Il paraît, monsieur Benett.
— Et pourtant, si ce maudit usurier venait à gagner le gros lot, voilà qui serait un scandale!
— Un scandale, assurément, monsieur Benett, le mot n'est pas trop fort, un scandale!
En parlant ainsi, Sylvius Hog se promenait à travers les magasins, on peut dire à travers le bazar de M. Benett, si connu de Christiania et de toute la Norvège. En effet, que ne trouve-t-on pas dans ce bazar? Voitures de voyages, kariols par douzaines, caisses de comestibles, paniers de vins, stock de conserves, vêtements et ustensiles de touristes, même des guides pour conduire les voyageurs jusqu'aux dernières bourgades du Finmark, jusqu'en Laponie, jusqu'au pôle Nord! Et ce n'est pas tout! M. Benett n'offre-t-il pas aux amateurs d'histoire naturelle les divers échantillons de pierres et de métaux du sol, comme les spécimens les plus variés des oiseaux, insectes, reptiles, de la faune norvégienne? Et — ce qu'il est bon de savoir — où rencontrerait-on un assortiment de bijoux et de bibelots du pays plus complet que dans ses vitrines?
Aussi ce gentleman est-il la Providence des touristes, désireux de visiter la région scandinave. C'est l'homme universel dont Christiania ne pourrait plus se passer.
— Et, à propos, monsieur Hog, dit-il, vous avez bien trouvé à
Tinoset la voiture que vous m'aviez demandée?
— Puisque je vous l'avais demandée, monsieur Benett, j'étais certain qu'elle y serait à l'heure dite!
— Vous me comblez, monsieur Hog. Mais, d'après votre lettre, vous deviez être trois personnes…