_— _Hulda n'a pas lu?… demanda vivement le professeur.

— Non, monsieur Sylvius, non! Il vaut mieux lui cacher ce qu'elle n'apprendra que trop tôt!

— Vous avez bien fait, mon garçon… Allons déjeuner. Un instant après, tous trois étaient assis à une table particulière. Sylvius Hog mangeait de grand appétit. Un excellent déjeuner, d'ailleurs, et qui avait toute l'importance d'un dîner. Qu'on en juge! Soupe froide à la bière, avec tranches de citron, morceaux de cannelle, saupoudrée de pain bis en miettes, saumon à la sauce blanche sucrée, veau cuit dans de la fine chapelure, rosbif saignant avec une salade non assaisonnée, mais relevée d'épices, glaces à la vanille, confiture de pommes de terre, framboises, cerises et noisettes, le tout arrosé d'un vieux Saint-Julien de France.

— Excellent!… Excellent!… répétait Sylvius Hog. On se croirait à Dal dans l'auberge de dame Hansen! Et, à défaut de sa bouche empêchée, ses bons yeux souriaient autant que des yeux peuvent sourire.

Joël et Hulda eussent vainement voulu se mettre à ce diapason; ils ne l'auraient pu, et la pauvre fille prit à peine sa part du déjeuner. Quand le repas fut achevé:

— Mes enfants, dit Sylvius Hog, vous avez évidemment eu tort de ne point faire honneur à cette agréable cuisine. Mais, enfin, je ne pouvais pas vous forcer. Après tout, si vous n'avez pas déjeuné, vous n'en dînerez que mieux. Par exemple, je ne sais pas si je pourrai vous tenir tête ce soir! Et maintenant, voici le moment de se lever de table.

Le professeur était déjà debout, il prenait son chapeau que lui tendait Joël, lorsque Hulda, l'arrêtant, lui dit:

— Monsieur Sylvius, vous tenez toujours, n'est-ce pas, à ce que je vous accompagne?

— Pour assister au tirage de la loterie?… Certainement j'y tiens, et beaucoup, ma chère fille!

— Ce sera bien pénible pour moi!