— Oui, la plus belle de la maison!
— Faut-il vous préparer à dîner?
— Le plus vite possible, et veillez à ce qu'on me serve tout ce qu'il y a de meilleur!
Tels furent les propos qui s'échangèrent entre Hulda et le voyageur, avant même que celui-ci fût descendu de la kariol dont il s'était servi pour venir jusqu'au coeur du Telemark, à travers les forêts, les lacs et les vallées de la Norvège centrale.
On connaît la kariol, cet engin de locomotion qu'affectionnent particulièrement les Scandinaves. Deux longs brancards entre lesquels se meut un cheval carré d'encolure, à robe jaunâtre et raie mulassière, dirigé par un simple mors de corde, passé non à sa bouche, mais à son nez — deux grandes roues maigres, dont l'essieu, sans ressorts, supporte une petite caisse coloriée, à peine assez large pour une personne — pas de capote, pas de garde-crotte, pas de marchepied — derrière la caisse, une planchette sur laquelle se juche le skydskarl. Le tout ressemble à quelque énorme araignée, dont la double toile serait formée par les deux roues de l'appareil. Et c'est avec cette machine rudimentaire que l'on peut faire des relais de quinze à vingt kilomètres sans trop de fatigue.
Sur un signe du voyageur, le jeune garçon vint tenir le cheval. Alors ce personnage se releva, se secoua, mit pied à terre, non sans quelques efforts qui se traduisirent par des maugréements d'assez mauvaise humeur.
— On peut remiser ma kariol? demanda-t-il d'un ton rude, en s'arrêtant sur le seuil de la porte.
— Oui, monsieur, répondit Hulda.
— Et donner à manger à mon cheval?
— Je vais le faire mettre à l'écurie.