— Tant mieux, car je préfère ne pas te quitter. D'ailleurs, si le mauvais temps continue, je crains bien que, cette année, les touristes renoncent à courir le Telemark!
— Nous ne sommes encore qu'en avril, frère!
— Sans doute, mais j'ai le pressentiment que la saison ne sera pas bonne pour nous! Enfin, nous verrons! Mais dis-moi, c'est hier que ce voyageur a quitté Dal?
— Oui, dans la matinée.
— Et qui était-ce?
— Un homme venu de Drammen, où il demeure, paraît-il, et qui se nomme Sandgoïst.
— Sandgoïst?
— Le connaîtrais-tu?
— Non, répondit Joël. Hulda s'était déjà demandé si elle raconterait à son frère tout ce qui s'était passé à l'auberge en son absence. Lorsque Joël apprendrait avec quel sans-gêne cet homme s'était conduit, comment il semblait avoir calculé la valeur de la maison et du mobilier, quelle attitude dame Hansen avait cru devoir prendre vis-à-vis de lui, qu'imaginerait-il? Ne penserait-il pas que leur mère devait avoir de bien graves raisons pour agir comme elle l'avait fait? Or, quelles étaient ces raisons? Que pouvait-il y avoir de commun entre elle et ce Sandgoïst? Il y avait certainement là un secret menaçant pour la famille! Joël voudrait le connaître, il interrogerait sa mère, il la presserait de questions… Dame Hansen, si peu communicative, si réfractaire à toute effusion, voudrait garder le silence comme elle l'avait fait jusqu'alors. La situation entre elle et ses enfants, si affligeante déjà, deviendrait plus pénible encore.
Mais la jeune fille aurait-elle pu rien taire à Joël? Un secret pour lui! N'eût-ce pas été comme une paille dans l'amitié de fer qui les unissait l'un à l'autre? Non! Il ne fallait pas que cette amitié pût jamais être brisée! Hulda résolut donc de tout dire.