— Tu as raison, Hulda, dit Joël, je ne parlerai de rien à notre mère. Peut-être regrettera-t-elle de ne pas s'être confiée à nous. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard! Elle doit bien souffrir, la pauvre femme! Elle s'est butée! Elle ne comprend pas que le coeur de ses enfants est fait pour qu'elle y verse ses peines!

— Elle le comprendra un jour, Joël.

— Oui! Aussi, attendons! Mais, d'ici là, il ne me sera pas défendu de chercher à savoir ce qu'est cet individu. Peut-être monsieur Helmboë le connaît-il? Je le lui demanderai la première fois que j'irai à Bamble, et, s'il le faut, je pousserai jusqu'à Drammen. Là, il ne doit pas être difficile d'apprendre au moins ce que fait cet homme, à quel genre d'affaires il se livre, ce qu'on en pense…

— Rien de bon, j'en suis sûre, répondit Hulda. Sa figure est mauvaise, son regard méchant. Je serais bien surprise s'il y avait une âme généreuse sous cette grossière enveloppe!

— Allons, reprit Joël, ne jugeons point les gens sur l'apparence! Je parie que tu lui trouverais une agréable mine, à ce Sandgoïst, si tu le regardais, étant au bras de Ole…

— Mon pauvre Ole! murmura la jeune fille.

— Il reviendra, il revient, il est en route! s'écria Joël. Aie confiance, Hulda! Ole n'est plus loin maintenant, et nous le gronderons au retour pour s'être fait attendre!

La pluie avait cessé. Tous deux sortirent de la hutte et remontèrent le sentier afin de regagner l'auberge.

— À propos, dit alors Joël, je repars demain.

— Tu repars?…