— Bon! Encore une noce! s'écria Sylvius Hog. Et je suis sûr qu'on m'y invitera, et je ne pourrai faire moins que d'y assister! Décidément, il faudra que je donne ma démission de député au Storthing, car je n'aurai plus le temps d'y siéger! Allons, je serai votre témoin, mon brave Joël, après avoir d'abord été celui de votre soeur, si vous le permettez. Décidément, vous faites de moi tout ce que vous voulez, ou plutôt tout ce que je veux! Embrassez-moi, petite Hulda! Une poignée de main, mon garçon! Et maintenant, allons écrire à mon ami Help junior, de Bergen!

Le frère et la soeur quittèrent la chambre du rez-de-chaussée, que le professeur parlait déjà de prendre à bail, et ils revinrent à leurs occupations avec un peu plus d'espoir.

Sylvius Hog était resté seul.

— La pauvre fille! la pauvre fille! murmurait-il. Oui! j'ai un instant trompé sa douleur!… Je lui ai rendu quelque calme!… Mais c'est un bien long retard et dans des mers très mauvaises à cette époque!… Si le _Viken _avait péri!… Si Ole ne devait plus revenir!

Un instant après, le professeur écrivait aux armateurs de Bergen. Ce que demandait sa lettre, c'étaient les détails les plus précis sur tout ce qui concernait le _Viken _et sa campagne de pêche. Il voulait savoir si quelque circonstance, prévue ou non, n'avait pu l'obliger à changer son port de destination. Il lui importait de savoir au plus tôt comment les négociants et les marins de Bergen expliquaient ce retard. Enfin il priait son ami Help junior de prendre les informations les plus précises et de l'aviser par le retour du courrier.

Cette lettre si pressante disait aussi pourquoi Sylvius Hog s'intéressait au jeune maître du _Viken, _de quel service il était redevable à sa fiancée, et quelle joie ce serait pour lui de pouvoir donner quelque espérance aux enfants de dame Hansen.

Dès que cette lettre fut écrite, Joël la porta à la poste de Moel.
Elle devait partir le lendemain. Le 11 juin, elle serait à Bergen.
Donc, le 12, dans la soirée, ou le 13 dans la matinée au plus
tard, M. Help junior pouvait avoir répondu.

Près de trois jours à attendre cette réponse! Comme ils parurent longs! Cependant, à force de paroles rassurantes, d'encourageantes raisons, le professeur parvint à rendre moins pénible cette attente. Maintenant qu'il connaissait le secret de Hulda, n'avait-il pas un sujet de conversation tout indiqué, et quelle consolation c'était pour Joël et sa soeur de pouvoir sans cesse parler de l'absent!

— À présent, ne suis-je pas de votre famille? répétait Sylvius Hog. Oui!… quelque chose comme un oncle qui vous serait arrivé d'Amérique — ou d'ailleurs?

Et, puisqu'il était de la famille, on ne devait plus avoir de secrets pour lui.