— Ma fille, dit alors dame Hansen, cette lettre que ton frère t'a envoyée, c'est bien une lettre de Ole?
— Oui! j'ai reconnu son écriture!
— Eh bien, veux-tu donc remettre à demain pour la lire? Hulda regarda une dernière fois l'enveloppe. Puis, après l'avoir décachetée sans trop de hâte, elle en retira une lettre soigneusement calligraphiée et lut ce qui suit:
«Saint-Pierre-Miquelon, 17 mars 1882.
«Chère Hulda,
«Tu apprendras avec plaisir que nos opérations de pêche ont prospéré et qu'elles seront achevées dans quelques jours.
Oui! Nous touchons à la fin de la campagne! Après un an d'absence, combien je serai heureux de revenir à Dal, et d'y retrouver la seule famille qui me reste et qui est la tienne.
«Mes parts de bénéfice sont belles. Ce sera pour notre entrée en ménage. Messieurs Help frères, Fils de l'Aîné, nos armateurs de Bergen, sont avisés que le _Viken _sera probablement de retour du 15 au 20 mai. Tu peux donc t'attendre à me voir à cette époque, c'est-à-dire, au plus, dans quelques semaines.
«Chère Hulda, je compte te trouver encore plus jolie qu'à mon départ, et, comme ta mère, en bonne santé. En bonne santé aussi, ce hardi et brave camarade, mon cousin Joël, ton frère, qui ne demande pas mieux que de devenir le mien.
«Au reçu de la présente, fais bien toutes mes amitiés à dame Hansen, que je vois d'ici, au fond de son fauteuil de bois, près du vieux poêle, dans la grande salle. Répète-lui que je l'aime deux fois, d'abord parce qu'elle est ta mère, et ensuite parce qu'elle est ma tante.