— On annonce que le président Johnson a abdiqué en faveur du général Grant.
— On donne comme certain que le pape Pie IX a désigné le prince impérial pour son successeur.
— On dit que Fernand Cortez vient d'attaquer en contrefaçon l'empereur Napoléon III pour sa conquête du Mexique.
Quand l'Ocean Time eut été suffisamment applaudi, l'honorable Mr Ewing, un ténor fort joli garçon, soupira la Belle île de la mer, avec toute la rudesse d'un gosier anglais.
Le «reading», la lecture, me parut avoir un attrait contestable. Ce fut tout simplement un digne Texien qui lut deux ou trois pages d'un livre dont il avait commencé la lecture à voix basse, et qu'il continua à voix haute. Il fut très applaudi.
Le Chant du berger pour piano solo, par Mrs Alloway, une Anglaise qui jouait «en blond mineur», eût dit Théophile Gautier, et une farce écossaise du docteur T… terminèrent la première partie du programme.
Après dix minutes d'un entracte pendant lequel aucun auditeur ne consentit à quitter sa place, la seconde partie du concert commença. Le Français Paul V… fit entendre deux charmantes valses, inédites, qui furent applaudies bruyamment. Le docteur du bord, un jeune homme brun, fort suffisant, récita une scène burlesque, sorte de parodie de la Dame de Lyon, drame très à la mode en Angleterre.
Au «burlesque» succéda «l'entertainment». Que préparait sous ce nom sir James Anderson? Était-ce une conférence ou un sermon? Ni l'un, ni l'autre. Sir James Anderson se leva, toujours souriant, tira un jeu de cartes de sa poche, retroussa ses manchettes blanches et fit des tours dont sa grâce rachetait la naïveté. Hourras et applaudissements.
Après le Happy moment de Mr Norville et le You remember de Mr Ewing, le programme annonçait le God save the Queen. Mais, quelques Américains prièrent Paul V…, en sa qualité de Français, de leur jouer le chant national de la France. Aussitôt, mon docile compatriote de commencer l'inévitable Partant pour la Syrie. Réclamations énergiques d'un groupe de nordistes qui voulaient entendre la Marseillaise. Et, sans se faire prier, l'obéissant pianiste, avec une condescendance qui dénotait plus de facilité musicale que de convictions politiques, attaqua vigoureusement le chant de Rouget de Lisle. Ce fut le grand succès du concert. Puis, l'assemblée, debout, entonna lentement ce cantique national qui «prie Dieu de conserver la reine».
En somme, cette soirée valait ce que valent les soirées d'amateurs, c'est-à-dire qu'elle eut surtout du succès pour les auteurs et leurs amis. Fabian ne s'y montra pas.