Fabian ne répondit pas. Il n'avait pas entendu. Corsican l'appela de nouveau. Fabian tressaillit, tourna la tête un instant et prononça ce seul mot:

— Chut! Puis, de la main, il désigna une ombre qui se mouvait lentement à l'extrémité du roufle. C'était cette forme à peine visible que regardait Fabian. Puis, souriant tristement:

«La dame noire!» murmura-t-il.

Un tressaillement m'agita. Le capitaine Corsican m'avait pris le bras et je sentis qu'il tressaillait aussi. La même pensée nous avait frappés tous deux. Cette ombre, c'était l'apparition annoncée par le docteur Pitferge.

Fabian était retombé dans sa rêveuse contemplation. Moi, la poitrine oppressée, l'oeil trouble, je regardais cette forme humaine, à peine estompée dans l'ombre, qui bientôt se profila plus nettement à nos regards. Elle s'avançait, hésitait, allait, s'arrêtait, reprenait sa marche, semblant plutôt glisser que marcher. Une âme errante! À dix pas de nous, elle demeura immobile. Je pus distinguer alors la forme d'une femme élancée, drapée étroitement dans une sorte de burnous brun, le visage couvert d'un voile épais.

«Une folle! une folle! n'est-ce pas?» murmura Fabian.

Et c'était une folle, en effet. Mais Fabian ne nous interrogeait pas. Il se parlait à lui-même.

Cependant, cette pauvre créature s'approcha plus près encore. Je crus voir ses yeux briller à travers son voile, quand ils se fixèrent sur Fabian. Elle vint jusqu'à lui. Fabian se redressa, électrisé. La femme voilée lui mit la main sur le coeur comme pour en compter les battements… Puis, s'échappant, elle disparut par l'arrière du roufle.

Fabian retomba, presque agenouillé, les mains tendues.

«Elle!» murmura-t-il.