À l'avant-dernier tournant, les cris des spectateurs saluèrent de nouveau leurs favoris. Les excitations, les hourras, les bravos éclataient de toutes parts.
«Le petit gagnera, me dit Pitferge. Voyez, il ne souffle pas. Son rival est haletant.»
En effet, Wilmore avait la figure calme et pâle. O'Kelly fumait comme un feu de paille mouillée. Il était «au fouet», pour employer une expression de l'argot des sportsmen. Mais tous deux se maintenaient en ligne. Enfin, ils dépassèrent le grand roufle; ils dépassèrent l'écoutille de la machine; ils dépassèrent le poteau d'arrivée…
«Hourra! Hourra! pour Wilmore! crièrent les uns.
— Hourra pour O'Kelly, répondaient les autres.
— Wilmore a gagné.
— Non, ils sont "ensemble"«. La vérité est que Wilmore avait gagné, mais d'une demi-tête à peine. C'est ce que décida l'honorable Mac Karthy. Cependant la discussion se prolongea et l'on en vint aux grosses paroles. Les partisans de l'Irlandais, et particulièrement Harry Drake, soutenaient qu'il y avait un «deadhead», que c'était une course morte, qu'il y avait lieu de la recommencer. Mais, à ce moment, entraîné par un mouvement involontaire, Fabian, s'étant approché de Harry Drake, lui dit froidement:
«Vous avez tort, monsieur. Le vainqueur est le matelot écossais!»
Drake s'avança vivement sur Fabian.
«Vous dites? lui demanda-t-il d'un ton menaçant.