Le lendemain 20 mars, la neige avait cessé. Le froid était un peu plus vif. Le thermomètre marquait deux degrés au-dessous de zéro. Les brouillards se levèrent, et j'espérai que, ce jour-là, notre observation pourrait s'effectuer.
Le capitaine Nemo n'ayant pas encore paru, le canot nous prit, Conseil et moi, et nous mit à terre. La nature du sol était la même, volcanique. Partout des traces de laves, de scories, de basaltes, sans que j'aperçusse le cratère qui les avait vomis. Ici comme là-bas, des myriades d'oiseaux animaient cette partie du continent polaire. Mais cet empire, ils le partageaient alors avec de vastes troupeaux de mammifères marins qui nous regardaient de leurs doux yeux. C'étaient des phoques d'espèces diverses, les uns étendus sur le sol, les autres couchés sur des glaçons en dérive, plusieurs sortant de la mer ou y rentrant. Ils ne se sauvaient pas à notre approche, n'ayant jamais eu affaire à l'homme, et j'en comptais là de quoi approvisionner quelques centaines de navires.
« Ma foi, dit Conseil, il est heureux que Ned Land ne nous ait pas accompagnés !
— Pourquoi cela, Conseil ?
— Parce que l'enragé chasseur aurait tout tué.
— Tout, c'est beaucoup dire, mais je crois, en effet, que nous n'aurions pu empêcher notre ami le Canadien de harponner quelques-uns de ces magnifiques cétacés. Ce qui eût désobligé le capitaine Nemo, car il ne verse pas inutilement le sang des bêtes inoffensives.
— Il a raison.
— Certainement, Conseil. Mais, dis-moi, n'as-tu pas déjà classé ces superbes échantillons de la faune marine ?
— Monsieur sait bien, répondit Conseil, que je ne suis pas très ferré sur la pratique. Quand monsieur m'aura appris le nom de ces animaux...
— Ce sont des phoques et des morses.