Cette façon de dire, l'imprévu de cette scène, cet historique du navire patriote froidement raconté d'abord, puis l'émotion avec laquelle l'étrange personnage avait prononcé ses dernières paroles, ce nom de Vengeur, dont la signification ne pouvait m'échapper, tout se réunissait pour frapper profondément mon esprit. Mes regards ne quittaient plus le capitaine. Lui, les mains tendues vers la mer, considérait d'un œil ardent la glorieuse épave. Peut-être ne devais-je jamais savoir qui il était, d'où il venait, où il allait, mais je voyais de plus en plus l'homme se dégager du savant. Ce n'était pas une misanthropie commune qui avait enfermé dans les flancs du Nautilus le capitaine Nemo et ses compagnons, mais une haine monstrueuse ou sublime que le temps ne pouvait affaiblir.

Cette haine cherchait-elle encore des vengeances ? L'avenir devait bientôt me l'apprendre.

Cependant, le Nautilus remontait lentement vers la surface de la mer, et je vis disparaître peu à peu les formes confuses du Vengeur. Bientôt un léger roulis m'indiqua que nous flottions à l'air libre.

En ce moment, une sourde détonation se fit entendre. Je regardai le capitaine. Le capitaine ne bougea pas.

« Capitaine ? » dis-je.

Il ne répondit pas.

Je le quittai et montai sur la plate-forme. Conseil et le Canadien m'y avaient précédé.

« D'où vient cette détonation ? demandai-je.

— Un coup de canon », répondit Ned Land.

Je regardai dans la direction du navire que j'avais aperçu. Il s'était rapproché du Nautilus et l'on voyait qu'il forçait de vapeur. Six milles le séparaient de nous.