— Non, monsieur le professeur, mais il a besoin d'électricité pour se mouvoir, d'éléments pour produire son électricité, de sodium pour alimenter ses éléments, de charbon pour faire son sodium, et de houillères pour extraire son charbon. Or, précisément ici, la mer recouvre des forêts entières qui furent enlisées dans les temps géologiques ; minéralisées maintenant et transformées en houille, elles sont pour moi une mine inépuisable.

— Vos hommes, capitaine, font donc ici le métier de mineurs ?

— Précisément. Ces mines s'étendent sous les flots comme les houillères de Newcastle. C'est ici que, revêtus du scaphandre, le pic et la pioche à la main, mes hommes vont extraire cette houille, que je n'ai pas même demandée aux mines de la terre. Lorsque je brûle ce combustible pour la fabrication du sodium, la fumée qui s'échappe par le cratère de cette montagne lui donne encore l'apparence d'un volcan en activité.

— Et nous les verrons à l'oeuvre, vos compagnons ?

— Non, pas cette fois, du moins, car je suis pressé de continuer notre tour du monde sous-marin. Aussi, me contenterai-je de puiser aux réserves de sodium que je possède. Le temps de les embarquer, c'est-à-dire un jour seulement, et nous reprendrons notre voyage. Si donc vous voulez parcourir cette caverne et faire le tour du lagon, profitez de cette journée, monsieur Aronnax. »

Je remerciai le capitaine, et j'allai chercher mes deux compagnons qui n'avaient pas encore quitté leur cabine. Je les invitai à me suivre sans leur dire où ils se trouvaient.

Ils montèrent sur la plate-forme. Conseil, qui ne s'étonnait de rien, regarda comme une chose très naturelle de se réveiller sous une montagne après s'être endormi sous les flots. Mais Ned Land n'eut d'autre idée que de chercher si la caverne présentait quelque issue.

Après déjeuner, vers dix heures, nous descendions sur la berge.

« Nous voici donc encore une fois à terre, dit Conseil.

— Je n'appelle pas cela « la terre », répondit le Canadien. Et d'ailleurs, nous ne sommes pas dessus, mais dessous. »