—Eh bien, n'ai-je pas mon réservoir Rouquayrol, qui peut, au besoin, m'en fournir. Il suffit pour cela d'un robinet ad hoc. D'ailleurs, monsieur Aronnax, vous verrez par vous-même que, pendant ces chasses sous-marines, on ne fait pas grande dépense d'air ni de balles.

—Cependant, il me semble que dans cette demi-obscurité, et au milieu de ce liquide très-dense par rapport à l'atmosphère, les coups ne peuvent porter loin et sont difficilement mortels?

—Monsieur, avec ce fusil tous les coups sont mortels, au contraire, et dès qu'un animal est touché, si légèrement que ce soit, il tombe foudroyé.

—Pourquoi?

—Parce que ce ne sont pas des balles ordinaires que ce fusil lance, mais de petites capsules de verre,—inventées par le chimiste autrichien Leniebroek,—et dont j'ai un approvisionnement considérable. Ces capsules de verre, recouvertes d'une armature d'acier, et alourdies par un culot de plomb, sont de véritables petites bouteilles de Leyde, dans lesquelles l'électricité est forcée à une très-haute tension. Au plus léger choc, elles se déchargent, et l'animal, si puissant qu'il soit, tombe mort. J'ajouterai que ces capsules ne sont pas plus grosses que du numéro quatre, et que la charge d'un fusil ordinaire pourrait en contenir dix.

—Je ne discute plus, répondis-je en me levant de table, et je n'ai plus qu'à prendre mon fusil. D'ailleurs, où vous irez, j'irai.»

Le capitaine Nemo me conduisit vers l'arrière du Nautilus, et, en passant devant la cabine de Ned et de Conseil, j'appelai mes deux compagnons qui nous suivirent aussitôt.

Puis, nous arrivâmes à une cellule située en abord, près de la chambre des machines, et dans laquelle nous devions revêtir nos vêtements de promenade.

CHAPITRE XVI
PROMENADE EN PLAINE.

Cette cellule était, à proprement parler, l'arsenal et le vestiaire du Nautilus. Une douzaine d'appareils de scaphandres, suspendus à la paroi, attendaient les promeneurs.