«Maintenant, Ned, nous vous écoutons, dis-je. Qu'avez-vous à nous apprendre?

—Ce que j'ai à vous apprendre est très-simple, répondit le Canadien. Nous sommes en Europe, et avant que les caprices du capitaine Nemo nous entraînent jusqu'au fond des mers polaires ou nous ramènent en Océanie, je demande à quitter le Nautilus

J'avouerai que cette discussion avec le Canadien m'embarrassait toujours. Je ne voulais en aucune façon entraver la liberté de mes compagnons, et cependant je n'éprouvais nul désir de quitter le capitaine Nemo. Grâce à lui, grâce à son appareil, je complétais chaque jour mes études sous-marines, et je refaisais mon livre des fonds sous-marins au milieu même de son élément. Retrouverais-je jamais une telle occasion d'observer les merveilles de l'Océan? Non, certes! Je ne pouvais donc me faire à cette idée d'abandonner le Nautilus avant notre cycle d'investigations accompli.

«Un homme! un naufragé!» m'écriai-je. ([Page 262].)

«Ami Ned, dis-je, répondez-moi franchement. Vous ennuyez-vous à bord? Regrettez-vous que la destinée vous ait jeté entre les mains du capitaine Nemo?»

Le Canadien resta quelques instants sans répondre. Puis, se croisant les bras:

«Franchement, dit-il, je ne regrette pas ce voyage sous les mers. Je serai content de l'avoir fait; mais pour l'avoir fait, il faut qu'il se termine. Voilà mon sentiment.

—Il se terminera, Ned.