A neuf heures moins quelques minutes, je collai mon oreille près de la porte du capitaine. Nul bruit. Je quittai ma chambre, et je revins au salon qui était plongé dans une demi-obscurité, mais désert.
J'ouvris la porte communiquant avec la bibliothèque. Même clarté insuffisante, même solitude. J'allai me poster près de la porte qui donnait sur la cage de l'escalier central. J'attendis le signal de Ned Land.
En ce moment, les frémissements de l'hélice diminuèrent sensiblement; puis ils cessèrent tout à fait. Pourquoi ce changement dans les allures du Nautilus? Cette halte favorisait-elle ou gênait-elle les desseins de Ned Land, je n'aurais pu le dire.
Le silence n'était plus troublé que par les battements de mon cœur.
Soudain, un léger choc se fit sentir. Je compris que le Nautilus venait de s'arrêter sur le fond de l'océan. Mon inquiétude redoubla. Le signal du Canadien ne m'arrivait pas. J'avais envie de rejoindre Ned Land pour l'engager à remettre sa tentative. Je sentais que notre navigation ne se faisait plus dans les conditions ordinaires...
En ce moment, la porte du grand salon s'ouvrit, et le capitaine Nemo parut. Il m'aperçut, et, sans autre préambule:
«Ah! Monsieur le professeur, dit-il d'un ton aimable, je vous cherchais. Savez-vous votre histoire d'Espagne?»
On saurait à fond l'histoire de son propre pays que, dans les conditions où je me trouvais, l'esprit troublé, la tête perdue, on ne pourrait en citer un mot.
«Eh bien? reprit le capitaine Nemo, vous avez entendu ma question? Savez-vous l'histoire d'Espagne?
—Très-mal, répondis-je.