Vers minuit, cependant, il disparut, ou, pour employer une expression plus juste, il «s'éteignit» comme un gros ver luisant. Avait-il fui? il fallait le craindre, non pas l'espérer. Mais à une heure moins sept minutes du matin, un sifflement assourdissant se fit entendre, semblable à celui que produit une colonne d'eau, chassée avec une extrême violence.
Le commandant Farragut, Ned Land et moi, nous étions alors sur la dunette, jetant d'avides regards à travers les profondes ténèbres.
«Ned Land, demanda le commandant, vous avez souvent entendu rugir des baleines?
—Souvent, monsieur, mais jamais de pareilles baleines dont la vue m'ait rapporté deux mille dollars.
—En effet, vous avez droit à la prime. Mais, dites-moi, ce bruit n'est-il pas celui que font les cétacés rejetant l'eau par leurs évents?
—Le même bruit, monsieur, mais celui-ci est incomparablement plus fort. Aussi, ne peut-on s'y tromper. C'est bien un cétacé qui se tient là dans nos eaux. Avec votre permission, monsieur, ajouta le harponneur, nous lui dirons deux mots demain au lever du jour.
—S'il est d'humeur à vous entendre, maître Land, répondis-je d'un ton peu convaincu.
—Que je l'approche à quatre longueurs de harpon, riposta le Canadien, et il faudra bien qu'il m'écoute!
—Mais pour l'approcher, reprit le commandant, je devrai mettre une baleinière à votre disposition?
—Sans doute, monsieur.