—Et cet échouement est venu?...
—D'un caprice de la nature, non de l'impéritie des hommes. Pas une faute n'a été commise dans nos manœuvres. Toutefois, on ne saurait empêcher l'équilibre de produire ses effets. On peut braver les lois humaines, mais non résister aux lois naturelles.»
Singulier moment que choisissait le capitaine Nemo pour se livrer à cette réflexion philosophique. En somme, sa réponse ne m'apprenait rien.
«Puis-je savoir, monsieur, lui demandai-je, quelle est la cause de cet accident?
—Un énorme bloc de glace, une montagne entière s'est retournée, me répondit-il. Lorsque les ice-bergs sont minés à leur base par des eaux plus chaudes ou par des chocs réitérés, leur centre de gravité remonte. Alors ils se retournent en grand, ils culbutent. C'est ce qui est arrivé. L'un de ces blocs, en se renversant, a heurté le Nautilus qui flottait sous les eaux. Puis, glissant sous sa coque et le relevant avec une irrésistible force, il l'a ramené dans des couches moins denses, où il se trouve couché sur le flanc.
Ce fut une ascension pénible. ([Page 355].)
—Mais ne peut-on dégager le Nautilus en vidant ses réservoirs, de manière à le remettre en équilibre?
—C'est ce qui se fait en ce moment, monsieur. Vous pouvez entendre les pompes fonctionner. Voyez l'aiguille du manomètre. Elle indique que le Nautilus remonte, mais le bloc de glace remonte avec lui, et jusqu'à ce qu'un obstacle arrête son mouvement ascensionnel, notre position ne sera pas changée.»