—Eh bien? demandai-je, ne saisissant pas l'idée du capitaine.

—Ne comprenez-vous pas, reprit-il, que cette congélation de l'eau nous viendrait en aide! Ne voyez-vous pas que par sa solidification, elle ferait éclater ces champs de glace qui nous emprisonnent, comme elle fait, en se gelant, éclater les pierres les plus dures! Ne sentez-vous pas qu'elle serait un agent de salut au lieu d'être un agent de destruction!

—Oui, capitaine, peut-être. Mais quelque résistance à l'écrasement que possède le Nautilus, il ne pourrait supporter cette épouvantable pression et s'aplatirait comme une feuille de tôle.

—Je le sais, monsieur. Il ne faut donc pas compter sur les secours de la nature, mais sur nous-mêmes. Il faut s'opposer à cette solidification. Il faut l'enrayer. Non-seulement, les parois latérales se resserrent, mais il ne reste pas dix pieds d'eau à l'avant ou à l'arrière du Nautilus. La congélation nous gagne de tous les côtés.

—Combien de temps, demandai-je, l'air des réservoirs nous permettra-t-il de respirer à bord?»

Le capitaine me regarda en face.

«Après demain, dit-il, les réservoirs seront vides!»

Une sueur froide m'envahit. Et cependant, devais-je m'étonner de cette réponse? Le 22 mars, le Nautilus s'était plongé sous les eaux libres du pôle. Nous étions au 26. Depuis cinq jours, nous vivions sur les réserves du bord! Et ce qui restait d'air respirable, il fallait le conserver aux travailleurs. Au moment où j'écris ces choses, mon impression est tellement vive encore, qu'une terreur involontaire s'empare de tout mon être, et que l'air semble manquer à mes poumons!

Cependant, le capitaine Nemo réfléchissait, silencieux, immobile. Visiblement, une idée lui traversait l'esprit. Mais il paraissait la repousser. Il se répondait négativement à lui-même. Enfin, ces mots s'échappèrent de ses lèvres:

«L'eau bouillante! murmura-t-il.