En effet, j'étais déjà réduit à multiplier mes inspirations pour extraire de cette cellule le peu d'oxygène qu'elle renfermait, quand, soudain, je fus rafraîchi par un courant d'air pur et tout parfumé d'émanations salines. C'était bien la brise de mer, vivifiante et chargée d'iode! J'ouvris largement la bouche, et mes poumons se saturèrent de fraîches molécules. En même temps, je sentis un balancement, un roulis de médiocre amplitude, mais parfaitement déterminable. Le bateau, le monstre de tôle venait évidemment de remonter à la surface de l'Océan pour y respirer à la façon des baleines. Le mode de ventilation du navire était donc parfaitement reconnu.
Lorsque j'eus absorbé cet air pur à pleine poitrine, je cherchai le conduit, «l'aérifère,» si l'on veut, qui laissait arriver jusqu'à nous cette bienfaisante effluve, et je ne tardai pas à le trouver. Au-dessus de la porte s'ouvrait un trou d'aérage laissant passer une fraîche colonne d'air, qui renouvelait ainsi l'atmosphère appauvrie de la cellule.
J'en étais là de mes observations, quand Ned et Conseil s'éveillèrent presque en même temps, sous l'influence de cette aération revivifiante. Ils se frottèrent les yeux, se détirèrent les bras et furent sur pied en un instant.
«Monsieur a bien dormi? me demanda Conseil avec sa politesse quotidienne.
—Fort bien, mon brave garçon, répondis-je. Et, vous, maître Ned Land?
—Profondément, monsieur le professeur. Mais, je ne sais si je me trompe, il me semble que je respire comme une brise de mer?»
Un marin ne pouvait s'y méprendre, et je racontai au Canadien ce qui s'était passé pendant son sommeil.
«Bon! dit-il, cela explique parfaitement ces mugissements que nous entendions, lorsque le prétendu narwal se trouvait en vue de l'Abraham-Lincoln.
—Parfaitement, maître Land, c'était sa respiration!
—Seulement, monsieur Aronnax, je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, à moins que ce ne soit l'heure du dîner?