Je me remis à écouter. En promenant mon oreille sur la paroi, je trouvai un point mathématique où les voix paraissaient atteindre leur maximum d'intensité. Le mot «förlorad» revînt encore à mon oreille, puis ce roulement de tonnerre qui m'avait tiré de ma torpeur.

«Non, dis-je, non. Ce n'est point à travers le massif que ces voix se font entendre. La paroi est faite de granit; elle ne permettrait pas à la plus forte détonation de la traverser! Ce bruit arrive par la galerie même! Il faut qu'il y ait là un effet d'acoustique tout particulier!»

J'écoutai de nouveau, et cette fois, oui! cette fois, j'entendis mon nom distinctement jeté à travers l'espace!

C'était mon oncle qui le prononçait? Il causait avec le guide, et le mot «förlorad» était un mot danois!

Alors je compris tout. Pour me faire entendre il fallait précisément parler le long de cette muraille qui servirait à conduire ma voix comme le fil de fer conduit l'électricité.

Mais je n'avais pas de temps à perdre. Que mes compagnons se fussent éloignés de quelques pas et le phénomène d'acoustique eût été détruit. Je m'approchai donc de la muraille, et je prononçai ces mots, aussi distinctement que possible:

«Mon oncle Lidenbrock!»

J'attendis dans la plus vive anxiété. Le son n'a pas une rapidité extrême. La densité des couches d'air n'accroît même pas sa vitesse; elle n'augmente que son intensité. Quelques secondes, des siècles, se passèrent, et enfin ces paroles arrivèrent à mon oreille.

«Axel, Axel! est-ce toi?»

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