«Bon, me dis-je, s'il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.
—Déja M. Lidenbrock! s'écria la bonne Marthe stupéfaite, en entre-bâillant la porte de la salle à manger.
—Oui, Marthe; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n'est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à Saint-Michel.
—Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?
—Il nous le dira vraisemblablement.
—Le voilà! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison.»
Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.
Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible des professeurs, c'est ce que mon caractère un peu indécis ne me permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses gonds; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et le maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipite aussitôt dans son cabinet de travail.
Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa canne à tête de casse-noisette, sur la table son large chapeau à poils rebroussés et à son neveu ces paroles retentissantes:
«Axel, suis-moi!»