Au moment où je prononçai ces paroles, ma main ayant effleuré l'eau, je dus la retirer au plus vite.
«L'eau est brûlante!» m'écriai-je.
Le professeur, cette fois, ne répondit que par un geste de colère.
Alors, une invincible épouvante s'empara de mon cerveau et ne le quitta plus. J'avais le sentiment d'une catastrophe prochaine, et telle que la plus audacieuse imagination n'aurait pu la concevoir. Une idée, d'abord vague, incertaine, se changeait en certitude dans mon esprit. Je la repoussai, mais elle revint avec obstination. Je n'osais la formuler. Cependant quelques observations involontaires déterminèrent ma conviction; à la lueur douteuse de la torche, je remarquai des mouvements désordonnés dans les couches granitiques; un phénomène allait évidemment se produire, dans lequel l'électricité jouait un rôle; puis cette chaleur excessive, cette eau bouillonnante!… Je résolus d'observer la boussole.
Elle était affolée!
XLIII
Oui, affolée! L'aiguille sautait d'un pôle à l'autre avec de brusques secousses, parcourait tous les points du cadran, et tournait, comme si elle eût été prise de vertige.
Je savais bien que, d'après les théories les plus acceptées, l'écorce minérale du globe, n'est jamais dans un état de repos absolu; les modifications amenées par la décomposition des matières internes, l'agitation provenant des grands courants liquides, l'action du magnétisme, tendent à l'ébranler incessamment, alors même que les êtres disséminés à sa surface ne soupçonnent pas son agitation. Ce phénomène ne m'aurait donc pas autrement effrayé, ou du moins il n'eût pas fait naître dans mon esprit une idée terrible.
Mais d'autres faits, certains détails sui generis, ne purent me tromper plus longtemps; les détonations se multipliaient avec une effrayante intensité; je ne pouvais les comparer qu'au bruit que feraient un grand nombre de chariots entraînés rapidement sur le pavé. C'était un tonnerre continu.
Puis, la boussole affolée, secouée par les phénomènes électriques, me confirmait dans mon opinion; l'écorce minérale menaçait de se rompre, les massifs granitiques de se rejoindre, la fissure de se combler, le vide de se remplir, et nous, pauvres atomes, nous allions être écrasés dans cette formidable étreinte.