«Voyons, me disais-je, nous allons gravir le Sneffels. Bien. Nous allons visiter son cratère. Bon. D'autres l'ont fait qui n'en sont pas morts. Mais ce n'est pas tout. S'il se présente un chemin pour descendre dans les entrailles du sol, si ce malencontreux Saknussemm a dit vrai, nous allons nous perdre au milieu des galeries souterraines du volcan. Or, rien n'affirme que le Sneffels soit éteint? Qui prouve qu'une éruption ne se prépare pas? De ce que le monstre dort depuis 1229, s'ensuit-il qu'il ne puisse se réveiller? Et, s'il se réveille, qu'est-ce que nous deviendrons?»

Cela demandait la peine d'y réfléchir, et j'y réfléchissais. Je ne pouvais dormir sans rêver d'éruption; or, le rôle de scorie me paraissait assez brutal à jouer.

Enfin je n'y tins plus; je résolus de soumettre le cas à mon oncle le plus adroitement possible, et sous la forme d'une hypothèse parfaitement irréalisable.

J'allai le trouver. Je lui fis part de mes craintes, et je me reculai pour le laisser éclater à son aise.

«J'y pensais,» répondit-il simplement.

Que signifiaient ces paroles! Allait-il donc entendre la voix de la raison? Songeait-il à suspendre ses projets? C'eût été trop beau pour être possible..

Après quelques instants de silence, pendant lesquels je n'osais l'interroger, il reprit en disant:

«J'y pensais. Depuis notre arrivée à Stapi, je me suis préoccupé de la grave question que tu viens de me soumettre, car il ne faut pas agir en imprudents.

—Non, répondis-je avec force.

—Il y a six cents ans que le Sneffels est muet; mais il peut parler. Or les éruptions sont toujours précédées par des phénomènes parfaitement connus; j'ai donc interrogé les habitants du pays, j'ai étudié le sol, et je puis te le dire, Axel, il n'y aura pas d'éruption.»