On verra que mon compatriote dit tout franchement ce qu’il pense : qu’il touche, tour à tour, à des sujets bien différents ; qu’il fait des excursions, un peu au hasard, dans la société européenne, et rapporte chaque jour un certain nombre de faits curieux, d’observations qui l’ont frappé, pour les mettre en parallèle avec ce qui se passe dans son pays.

L’on s’apercevra vite que le jugement du voyageur est très impartial. Il apprécie sans préjugé. Il n’est pas avare de louanges. Il ne se borne pas toutefois, à cette admiration banale qui ne va pas au fond des choses. Aussi, il critiquera souvent, toutes les fois qu’il le jugera nécessaire, mais toujours avec mesure, avec ces égards pour l’opinion d’autrui qui, seuls, rendent possible une discussion courtoise.

La sincérité, unie à la sympathie, ne saurait déplaire au lecteur français. C’est donc plein de confiance dans le jugement bienveillant du public, que je lui soumets les Impressions d’un Chinois à Paris.

LE MARIAGE

J’ai lu, il y a quelques jours, dans les journaux, l’annonce d’une nouvelle mais curieuse Ligue contre le Mariage, fondée tout récemment, en Angleterre, par l’initiative de Mme Mona Caird.

On parlait en même temps de demandes d’adhésion, adressées à MM. A. Dumas et E. Zola.

Bien que très surpris de cette création sans précédent, je ne voulais pas me prononcer avant de connaître l’opinion de ces deux écrivains : aujourd’hui, grâce au Figaro, j’ai devant les yeux le résumé des réponses par eux adressées au Daily Telegraph.

M. Zola ne s’intéresse pas beaucoup à la question du mariage, qu’il considère comme une institution vieille et mauvaise, autant que l’Église, et qui n’existera que tant qu’on n’aura pas trouvé quelque chose de meilleur pour la remplacer.

Quant à M. Dumas, il laisse la question complètement indécise et en abandonne la solution aux intéressés : se mariera qui voudra, d’après lui ; il n’y a pas de loi qui vous force à vous marier ; il n’en est même pas qui contraigne le séducteur à épouser la fille séduite : les adversaires du mariage n’ont donc pas à rechercher l’appui de la loi, qui ne fait rien ni pour eux, ni contre eux.

Vraiment, je m’attendais à quelque chose de plus net… et de plus énergique : les passages cités plus haut m’ont donc causé une grande déception.