Je ne sais plus dans quel journal j’ai lu autrefois qu’un général, en congédiant ses soldats, leur adressa ce petit discours : « Allez et tâchez de faire augmenter la population de la France : sinon, nous serons forcés de faire venir des Chinois ! »
C’est là, certainement, le comble du mariage par l’État et je ne crois pas que les utopistes les plus singuliers aient rien inventé de plus bizarre et de plus logique, ni trouvé de système à la fois plus insensé et plus rempli d’esprit de suite.
Si vous voulez maintenir les formalités religieuses ou civiles, imitez ce général, mille fois plus conséquent avec lui-même que M. Zola dans son pessimisme sceptique, et M. Dumas dans son indifférence. Prétendez-vous, au contraire, supprimer toutes ces réglementations ? faites comme chez nous : rendez au mariage son véritable caractère : celui d’une institution de famille, faite pour la famille, par la famille.
Le mariage, contracté avec les formalités religieuses et civiles qui l’accompagnent actuellement en Europe, présente des inconvénients et, pis que cela, des dangers terribles ; au lieu de protéger l’union et l’harmonie de la famille, il est devenu une cause de discordes, de haines, de procès, de scandales sans fin : il se résout, définitivement, en un conflit incessant d’intérêts opposés.
Je crois que le mariage doit et peut être autre chose : qu’il redevienne, comme il l’est dans mon pays, un acte purement familial, et toutes les difficultés seront aplanies ; les discordes, évitées ; les procès, inutiles ; les scandales, impossibles. C’est la meilleure des solutions, et la seule.
Les religions passent, les constitutions s’effacent : la famille reste, immortelle comme la loi de nature qui l’a appelée à l’existence.
LA FIÈVRE
Si la civilisation moderne procure au peuple les facilités de communication, le confortable, le bien-être, etc., qu’il ne connaissait pas jadis, elle produit aussi ce résultat qui, aux yeux de rétrogrades comme moi, paraît très curieux : l’agitation perpétuelle dans laquelle on vit aujourd’hui.
Les Européens d’opinions différentes, se traitent mutuellement de fous, sans compter d’autres épithètes dont ils se bombardent journellement. J’ai visité l’hôpital de Charenton : j’ai pu me convaincre qu’on s’injurie avec beaucoup d’exagération. Mais, s’il n’y a pas folie, il y a une maladie cependant. Comment la dénommer ? Les médecins s’en chargeront ; pour moi, je me borne à constater un symptôme : la fièvre, dont souffre incontestablement le public.
Ce phénomène n’est pas difficile à établir : pas besoin de tâter le pouls au malade ! Il suffit d’ouvrir les yeux et de les porter, au hasard, sur n’importe qui, pour voir se manifester le malaise.