Qu'étions-nous en 1760, en 1791, en 1812 et en 1837? Que sommes-nous aujourd'hui? Une nationalité vivace, forte et en pleine possession de tous ses droits. Nous sommes inattaquables à Québec. Nous sommes forts à Ottawa.

Que faut-il maintenant pour conserver le terrain conquis et contribuer de nouvelles pages à notre histoire?

Notre estimé et regretté gouverneur, lord Dufferin, dans un discours qu'il prononçait à Londres en 1876 ou 1877, a déclaré que "de toutes les colonies anglaises l'Amérique britannique du Nord, le Canada français se pliait le mieux au maniement des institutions représentatives." Il a dit plus que cela, et je sais que nos compatriotes d'origine anglaise n'en seront pas froissés, il a dit que les Canadiens-Français paraissaient mieux comprendre et pratiquer que les Anglais eux-mêmes le rouage, le maniement de ces institutions. Voilà ce qu'un gouverneur anglais a pu dire de nous.

Vous connaissez aussi bien que moi un vieux proverbe qui dit: "Quand on se juge, on ne s'estime pas grand chose. Quand on se compare, on est plus fier..."

Mais, Messieurs, ce n'est pas tout de dire que nous avons accompli de grandes choses dans le passé, que nous avons eu nos héros et nos jours de triomphe; il ne faut pas pour cela se croiser les bras et s'endormir dans une fausse sécurité.

A l'heure qu'il est si nous nous jugeons, nous n'avons pas lieu d'être trop fiers. Le principe de notre liberté, la condition indispensable de la conservation de notre religion et de notre race, c'est le combat, la lutte de tous les jours et de tous les instants. C'est là la condition sine qua non de notre existence comme nationalité, du maintien de nos privilèges, de notre développement dans l'avenir.

Car, tout n'est pas couleur de rosé, et il nous reste encore à nous emparer de plusieurs éléments avant de devenir le grand peuple dont nous pouvons ambitionner les destinées. Quand on se compare à d'autres populations, on s'apperçoit que, sous certains rapports, il nous manque une foule de choses.

Ce serait ici le temps de parler de la belle réponse, de l'admirable discours fait par Son Excellence le gouverneur-général en réponse à l'adresse de Chambly. Il a parlé comme un homme d'état anglais, comme un coeur noble et plein de sympathie pour les Canadiens-Français. Il a, par là, écrit son nom dans l'histoire de nos meilleurs gouverneurs anglais et a droit à notre estime, à notre amitié et à notre reconnaissance. On a eu raison de l'acclamer, de le féliciter et de le remercier cordialement.

Revenons aux conditions de notre salut, si nous voulons être dignes de notre passé et nous faire un avenir digne de nous.

La première condition, c'est la fidélité aux traditions, c'est la patience et la persévérance dans le travail et les épreuves, c'est le patriotisme des représentants du peuple.