Je venois du collége avec quelque petite littérature; il m'employa à écrire ses feuilles pour la défense du ministère et non de l'évangile. Je lui obéis, et il donna mes ouvrages sous le nom de sir Robert.
Un sir Robert se présenta, et eut un bénéfice destiné à mon oncle. La méprise fut réparée quelque temps après.
Voici la coupe d'un de mes pamphlets.
Je ramassois d'abord toutes les objections faites contre le ministre depuis son entrée au ministère, et il y répondoit lui-même directement, suivant les connoissances certaines que j'en avois (en sortant du collége), et d'après des autorités respectables.
J'assurois que je n'étois ni un courtisan, ni l'ami d'aucun courtisan, mais un simple gentilhomme de campagne, dont la fortune étoit indépendante de qui que ce soit, (je n'avois pas le sou); que je ne m'étois jamais troublé la tête de débats politiques, mais qu'ayant été choqué de la licence des temps, j'étois volontaire au service de mon roi, de ma patrie, et champion de la vertu, de l'intégrité du ministre.
Je soutenois que le haut prix des denrées dont on se plaignoit si hautement, venoit des richesses et des trésors qui se versoient chaque année dans le royaume, sous les auspices de mon héros; que l'accumulation des taxes, ainsi que le haussement des papiers publics étoient la plus sûre marque de la prospérité de l'état; que les nouveaux impôts doubloient l'industrie, et que l'amélioration de cette espèce nouvelle de manufacture ajoutoit au capital de la nation.
Je me lamentois des fâcheux effets qu'on devoit craindre de la part de ces têtes chaudes, animées et haineuses; j'avois la meilleure raison du monde d'appeler leur insurrection, une méthode sûre et cachée de trahison; je disois que toutes les fois qu'un ministre est censuré, le roi étoit attaqué.
Des prêtres sans mœurs, quand ils tombent dans le mépris, invectivent contre l'impiété du siécle, et rapportent à l'athéisme des laïcs le scandale et les reproches qu'ils ont accumulés sur leurs fonctions.
Mon livre devint un code de politique pour tous les sycophantes ministériels du temps. Je n'avois pas laissé un seul paragraphe dans les écrits des auteurs politico-mercenaires passés, sans en faire usage, et les politico-mercenaires présens n'ont pas fait un seul livre sans faire usage du mien.
Le revenu du bénéfice de mon oncle étoit considérable, et j'y avois quelque droit. Il m'amusa d'espérances pendant quelques années, et arracha toujours, en attendant, quelques bribes de ma plume. Comme il étoit courtisan, il promit et tint, tout aussi bien qu'un autre.