Le physicien, un beau jour de printems, dira que le soleil brille, mais n'échauffe pas; et le poëte, à ses côtés, le comparera à l'œil d'iris, qui brille et échauffe également.
Vous voyez, par conséquent, que l'esprit est à double entente: quelle pitié, mesdames, que la double entente ne soit pas de l'esprit!
L'on m'accorde de la saillie, de l'originalité, l'art des descriptions. Qu'est-ce que l'esprit, s'il n'est pas compris dans ces attributs? Si c'est autre chose, combien peu il est nécessaire quand on les possède!
Faut-il que tous les mets soient piquans? ne sait-on pas que le meilleur cuisinier est celui qui mélange si bien tous ses ingrédiens, qu'une saveur ne domine jamais sur l'autre? Les mauvais appétits ont seuls besoin d'être stimulés.
Les anciens appeloient esprit la capacité, l'invention, l'imagination. Martial fut le premier qui le réduisit à un seul point; et depuis cette époque du faux brillant, il y a tant d'ouvrages plus aigres que piquans, que le public en a les dents agacées.
SUR L'ESPRIT EN MORALE.
Je préférois jadis les épîtres de Pline et la morale de Sénèque à tous les ouvrages de Cicéron, à cause de leurs pointes répétées et de la tournure piquante de leur esprit. Je me rappelle que je trouvois Horace et Catulle plats et insipides: c'étoit quand j'admirois Martial et Cowley.
Les mets simples sont plus sains, sans doute, que les ragoûts composés; mais, quand on a dépravé son appétit avec les seconds, il est difficile d'en revenir aux premiers. Cette comparaison est juste en littérature.
Le brillant de l'imagination et le drame des paroles peuvent fixer quelquefois la morale dans l'esprit; mais plus souvent ils rodent autour de la tête, et ne pénètrent pas dans le cœur.
Cette opposition de mots, ces phrases à prétention remplissent les places vides de la mémoire, d'apophtegmes, qui luisent dans les écrits du jour et les cercles à la mode; mais elles manquent de cette splendeur du vrai savoir, de cette raison, de ce sens exquis, qui font le charme de la morale.